Prêt au décarbonage ?
Allier entreprises et biodiversité, décarboner la production d'aluminium, planifier la stratégie énergétique de la France... Cap sur l'économie !
Plan France 2030 ou comment décarboner l'aluminium
Le plan France 2030, série d’investissements dans l’industrie, a permis la lancée de nombreux projets. Parmi eux, la recherche d’une solution de décarbonation de la production d’aluminium, portée par C4Carbon.
La décarbonation de l’aluminium français est entrée dans une nouvelle phase, depuis le 4 février. Le consortium C4Carbon, qui rassemble les entreprises Fives, Aluminium Dunkerque, Trimet et Rio Tinto, a lancé les phases d’essais d’un projet de captation de CO2. Une initiative financée par l’Etat à hauteur de 30 %, dans le cadre du plan France 2030. L’objectif, fixé il y a deux ans, est de réduire les émissions de CO2 de moitié pour les usines d’Aluminium Dunkerque et Trimet.
Pour comprendre ce projet de décarbonation, il faut comprendre le principe de la production d’aluminium. Serge Despinasse, ingénieur chez Fives, un groupe de conception d’équipements industriels, explique : « Une fois extrait du minerai de bauxite, l’oxyde d’aluminium, sorte de sable blanc, est transformé en aluminium par électrolyse. » Pour faire simple, l’oxyde d’aluminium est plongé dans un bain d’eau parcouru par un champ électrique. L’aluminium se dépose alors au fond de la cuve et l’oxygène se fixe au carbone, produisant du CO2. « Pour une tonne d’aluminium, on se retrouve avec environ deux tonnes de CO2 », conclut l’ingénieur.
Une pollution de dingue !
Ainsi, pour les 400.000 tonnes d’aluminium produites par an en France selon Serge Despinasse, cela fait 800.000 tonnes de CO2 rejetées. Soit l’équivalent de 92.000 tours de la terre en voiture ! Ces émissions peuvent cependant être captées, enjeu principal à court terme de la décarbonation du secteur. Avec les bonnes molécules, le CO2 peut être isolé et mis en bouteille pour être enfoui. C’est sur la recherche de ces molécules que les essais du consortium C4Carbon vont porter dans un premier temps, avant des tests à petite échelle, puis un éventuel déploiement.
Cette procédure de captation, déja utilisée dans d’autres secteurs, peut coûter cher. Elle représentera entre 15 et 20 % de surcoût pour les usines qui l’emploient. Alors, pour Serge Depinasse, il faudra mettre ce produit vertueux en avant, avec des subventions. D’autant plus que la France est déficitaire, et doit importer une grosse partie de l’aluminium qu’elle consomme, primaire comme recyclé. Ce qui met l’aluminium français, déjà moins émetteur de carbone grâce à notre mix énergétique, en concurrence avec des produits moins chers, car moins vertueux.
François Boyer
« Il était temps. »
Tels sont les mots de Roland Lescure à propos de la troisième version de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publiée dans la nuit du 12 au 13 février. Après trois années de travail, le ministre de l’Économie et des Finances a présenté la nouvelle stratégie énergétique de la France. Son objectif : décarboner le pays en augmentant la production et la consommation d’électricité française.
ODACC : un outil pour conjuguer entreprises et changement climatique
La Banque de France a lancé, jeudi 12 février, l’outil de diagnostic pour l’adaptation au changement climatique (ODACC). Un dispositif destiné à aider les entreprises à anticiper les aléas climatiques.

« Initier ou accélérer les démarches d’adaptation au changement climatique des entreprises ». Voilà l’ambition de la Banque de France avec son nouvel outil de diagnostic pour l’adaptation au changement climatique (ODACC) lancé jeudi 12 février. Face au risque de voir leur chiffre d’affaires baisser à mesure que le changement climatique s’intensifie, les entreprises sont incitées à s’adapter. La Direction générale des entreprises estime que l’économie française pourrait perdre jusqu’à 11 points de produit intérieur brut (PIB) d’ici 2050 si aucune adaptation n’est faite. De quoi donner le sourire aux entrepreneurs.
Avec un outil reposant sur les données de Météo France, la Banque de France veut permettre aux entreprises d’anticiper les aléas climatiques sur le long terme. Un moyen de cibler les modifications nécessaires et pertinentes pour chaque entreprise. D’après la Banque de France, l’outil permet de hiérarchiser les mesures d’adaptation en fonction de l’intensité et de l’évolution des risques climatiques grâce à un « indice d’aggravation ». La plateforme comprend également une cartographie localisant les zones où les risques sont les plus élevés. La Banque de France assure que l’outil est accessible gratuitement « à toutes les entreprises de France métropolitaine, quelle que soit leur taille ».
Accessible mais peu visible
Si le dispositif est techniquement accessible par toutes les entreprises, il nécessite l’ouverture d’un compte Dirigeant sur le site de la Banque de France, compte que certains chefs d’entreprise n’ont jamais créé. Et pour accéder à l’ODACC, il faut déjà en avoir entendu parler. La communication sur l’outil est restée discrète en dehors d’un événement pour le lancement, jeudi 12 février, qui a réuni plus d’une centaine de participants.
L’outil de diagnostic pour l’adaptation au changement climatique (ODACC) « a vocation, notamment pour les PME, à être un outil de sensibilisation et de première information », a affirmé Mark Beguery, directeur du programme « Indicateur climat », lors d’un point presse. Bien que la Banque de France destine son outil aux petites et moyennes entreprises, une étude de Bpifrance a montré qu’en 2023, seul un tiers des dirigeants de PME considéraient l’adaptation au changement climatique comme stratégique.
Elhine Cailleteau
7.6 millions d’euros
C’est l’amende imposée au Crédit Agricole par la Banque centrale européenne (BCE), régulatrice des banques de la zone euro. En 2024, la banque française a dépassé de 75 jours le délai fixé par la BCE pour identifier et mesurer les risques liés aux changements climatiques. Le Crédit Agricole a réagi en dénonçant une « pénalité purement administrative ». Cette astreinte ne devrait toutefois pas affecter ses résultats qui s’élèvent, en 2025, à 8.75 milliards d’euros.
Du neuf pour les œufs !
Certains d’entre vous n’ont peut-être pas pu fêter la chandeleur… Faute d’œufs dans les supermarchés. Face aux rayons vides, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a proposé sur son compte X la création « d’un poulailler de plus par département et par an jusqu’en 2030 ».
La consommation d’œufs en France ne cesse de croître. Le Comité national pour la Promotion de l’œuf (CNPO) estime qu’un Français a consommé, en moyenne, 226 œufs en 2024 et 237 en 2025. Les producteurs peinent à suivre la cadence, notamment en raison d’une surrèglementation.
Mais avec Yumgo, entreprise française née en 2019, fini la paperasse, les grippes aviaires et les poules d’élevage. Pour remplacer les œufs, cette start-up a imaginé une préparation spécifique composée de farine de riz, de protéine de colza et de féverole, le tout mélangé au mixeur avec un peu d’eau. D’après sa direction, Yumgo aurait permis de remplacer 12.5 millions d’œufs depuis le lancement, en économisant 60.000 m3 d’eau et 547 tonnes de CO2.
À vos fourneaux !
Entreprises et nature : le serpent se mord la queue
Le groupe international d’experts de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) a publié son onzième rapport mondial, lundi 9 février. Il s’agit du premier exposant les liens entre entreprises et biodiversité. Un texte approuvé et adopté par les 150 pays membres du groupe.
Grâce à trois ans de recherche, le « GIEC de la biodiversité » a évalué les dépendances des entreprises privées vis-à-vis de la nature et leur responsabilité dans la crise écologique. Agriculture, industrie, tourisme, loisirs… Selon le rapport, tout type d’entreprises dépend directement ou indirectement de la biodiversité. Or, avec la détérioration progressive de la nature, le prix des matières premières augmente, les aléas climatiques ravagent les villes et les cultures agricoles se meurent. Des pertes économiques non-négligeables pour ces entreprises.
À travers son analyse, l’IPBES envoie un message fort : la destruction du vivant est une menace imminente pour la santé des entreprises. « [Celles-ci] peuvent soit ouvrir la voie à une économie mondiale plus durable, soit risquer l’extinction à la fois des espèces dans la nature, mais aussi potentiellement la leur », a averti dans un communiqué Matt Jones, co-président du rapport.







